16/04/2009

Pensée

 

 

La pensée du jour

                                                                                       

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Le bonheur est un seul bouquet :

 

 

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Confus, léger

 

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Fondant, Sucré

 

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PAUL ELUARD

 

                                                                                   

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10/04/2009

recherche Maison à Vendre

 

                                                                                           

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MAISON A VENDRE

Au-dessus de la porte, une porte de bois mal jointe, qui laissait se mêler, dans un grand intervalle, le sable du jardinet 
 
et la terre de la route, un écriteau était accroché depuis longtemps, immobile dans le soleil d'été, tourmenté, secoué au vent d'automne :

Maison à vendre, et cela semblait dire aussi maison abandonnée, tant il y avait de silence autour.

Quelqu'un habitait là pourtant. Une petite fumée bleuâtre, montant de la cheminée de brique qui dépassait un peu le
 
mur, trahissait une existence cachée, discrète et triste comme la fumée de ce feu de pauvre. Puis à travers les ais
 
branlants de la porte, au lieu de l'abandon, du vide, de cet en-l'air qui précède et annonce une vente, un départ, on
 
voyait des allées bien alignées, des tonnelles arrondies, les arrosoirs près du bassin et des ustensiles de jardinier
 
appuyés à la maisonnette. Ce n'était rien qu'une maison de paysan, équilibrée sur ce jardin en pente par un petit
 
escalier, qui plaçait le côté de l'ombre au premier, celui du midi au rez.

de-chaussée. De ce côté-là, on aurait dit une serre.

Il y avait des cloches de verre empilées sur les marches, des pots à fleurs vides, renversés, d'autres rangés avec des
 
géraniums, des verveines sur le sable chaud et blanc. Du reste, à part deux ou trois grands platanes, le jardin était tout
 
au soleil. Des arbres fruitiers en éventail sur des fils de fer, ou bien en espalier, s'étalaient à la grande lumière, un peu
 
défeuillés, là seulement pour le fruit. C'était aussi des plants de fraisiers, des pois à grandes rames et au milieu de tout
 
cela, dans cet ordre et ce calme, un vieux, à chapeau de paille, qui circulait tout le jour par les allées, arrosait aux
 
heures fraîches, coupait, émondait les branches et les bordures.

Ce vieux ne connaissait personne dans le pays.

Excepté la voiture du boulanger, qui s'arrêtait à toutes les portes dans l'unique rue du village, il n'avait jamais de visite.
 
Parfois, quelque passant, en quête d'un de ces terrains à mi-côte qui sont tous très fertiles et font de charmants
 
vergers, s'arrêtait pour sonner en voyant l'écriteau. D'abord la maison restait sourde. Au second coup, un bruit de
sabots s'approchait lentement du fond du jardin, et le vieux entrebâillait sa porte d'un air furieux :

“ Qu'est-ce que vous voulez ?

- La maison est à vendre ?

- oui, répondait le bonhomme avec effort, oui... elle est à vendre, mais je vous préviens qu'on en demande très cher...
 
” Et sa main, toute prête à la refermer, barrait la porte. Ses yeux vous mettaient dehors, tant ils montraient de colère,
 
et il restait là, gardant comme un dragon ses carrés de légumes et sa petite cour sablée. Alors les gens passaient leur
 
chemin, se demandant à quel maniaque ils avaient affaire et quelle était cette folie de mettre sa maison en vente avec
un tel désir de la conserver.

Ce mystère me fut expliqué. Un jour, en passant devant la petite maison, j'entendis des voix animées, le bruit d'une
discussion.

“ Il faut vendre, papa, il faut vendre... vous l'avez promis... ” Et la voix du vieux, toute tremblante :

“Mais, mes enfants, je ne demande pas mieux que de vendre... voyons ! Puisque j'ai mis l'écriteau. ”
J'appris ainsi que c'étaient ses fils, ses brus, de petits boutiquiers parisiens, qui l'obligeaient à se défaire de ce coin
 
bien-aimé. Pour quelle raison ? je l'ignore. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils commençaient à trouver que la chose traînait
 
trop, et à partir de ce jour, ils vinrent régulièrement tous les dimanches pour harceler le malheureux, l'obliger à tenir sa
 
promesse. De la route, dans ce grand silence du dimanche, où la terre elle-même se repose d'avoir été labourée,
 
 
ensemencée toute la semaine, j'entendais cela très bien. Les boutiquiers causaient, discutaient entre eux en jouant au
 
tonneau, et le mot argent sonnait sec dans ces voix aigres comme les palets qu'on heurtait. Le soir, tout le monde s'en
 
allait ; et quand le bonhomme avait fait quelques pas sur la route pour les reconduire, il rentrait bien vite, et refermait
 
tout heureux sa grosse porte, avec une semaine de répit devant lui. Pendant huit jours, la maison devenait silencieuse.
 
Dans le petit jardinet brûlé de soleil, on n'entendait rien que le sable écrasé d'un pas lourd, ou traîné au râteau.
 
 

De semaine en semaine cependant, le vieux était plus pressé, plus tourmenté. Les boutiquiers employaient tous les
 
moyens. on amenait les petits-enfants pour le séduire :

“ voyez-vous, grand-père, quand la maison sera vendue, vous viendrez habiter avec nous. Nous serons si heureux tous
 
ensemble !... ” Et c'était des apartés dans tous les coins, des promenades sans fin à travers les allées, des calculs faits
 
à haute voix, Une fois j'entendis une des filles qui criait :

“La baraque ne vaut pas cent sous... elle est bonne à jeter à bas. ”
 

Le vieux écoutait sans rien dire, on parlait de lui comme s'il était mort, de sa maison comme si elle était déjà abattue. Il

allait, tout voûté, des larmes dans les yeux, cherchant par habitude une branche à émonder, un fruit à soigner en

passant ; et l'on sentait sa vie si bien enracinée dans ce petit coin de terre qu'il n'aurait jamais la force de s'en arracher.


En effet, quoi qu'on pût lui dire, il reculait toujours le moment du départ. En été, quand mûrissaient ces fruits un peu

acides qui sentent la verdeur de l'année, les cerises, les groseilles, les cassis, il se disait : “Attendons la récolte... Je

vendrai tout de suite après. ” Mais la récolte faite, les cerises passées, venait le tour des pêches, puis les raisins, et

après les raisins ces belles nèfles brunes qu'on cueille presque sous la neige. Alors l'hiver arrivait. La campagne était

noire, le jardin vide. Plus de passants, plus d'acheteurs. Plus même de boutiquiers le dimanche. Trois grands mois de

repos pour préparer les semences, tailler les arbres fruitiers, pendant que l'écriteau inutile se balançait sur la route,

retourné par la pluie et le vent.


A la longue, impatients et persuadés que le vieux faisait tout pour éloigner les acheteurs, les enfants prirent un grand

parti. Une des brus vint s'installer près de lui, une petite femme de boutique, parée dès le matin, et qui avait bien cet

air avenant, faussement doux, cette amabilité obséquieuse des gens habitués au commerce. La route semblait lui

appartenir. Elle ouvrait la porte toute grande, causait fort, souriait aux passants comme pour dire :


“ Entrez... voyez..., la maison est à vendre ! ” Plus de répit pour le pauvre vieux.

Quelquefois, essayant d'oublier qu'elle était là, il bêchait ses carrés, les ensemençait à nouveau, comme ces gens tout

près de la mort qui aiment à faire des projets pour tromper leurs craintes. Tout le temps, la boutiquière le suivait, le

tourmentait :


“ Bah ! à quoi bon ?... c'est donc pour les autres que vous prenez tant de peine ? ”


Il ne lui répondait pas et s'acharnait à son travail avec un entêtement singulier. Laisser son jardin à l'abandon, c'eût été

le perdre un peu déjà, commencer à s'en détacher. Aussi les allées n'avaient pas un brin d'herbe ; pas de gourmand aux

rosiers.


En attendant, les acquéreurs ne se présentaient pas. C'était le moment de la guerre, et la femme avait beau tenir sa

porte ouverte, faire des yeux doux à la route, il ne passait que des déménagements, il n'entrait que de la poussière. De

jour en jour, la dame devenait plus aigre. Ses affaires de Paris la réclamaient. Je l'entendais accabler son beau-père de

reproches, lui faire de véritables scènes, taper les portes. Le vieux courbait le dos sans rien dire et se consolait en

regardant monter ses petits pois, et l'écriteau, toujours à la même place :


Maison à vendre.

 

Alphonse Daudet

 

 

08/03/2009

LA FEMME

Journée internationale de la femme

 

Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes

Chaque jour dans le monde, des femmes meurent suite à des coups trop violents et trop répétitifs.

 

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 POEME DE GERARD DE NERVAL

 

Une femme est l'amour

Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ;

Aux enfants qu'elle guide, à l'homme consolé,

Elle élève le coeur et calme la souffrance,

Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.

Courbé par le travail ou par la destinée,

L'homme à sa voix s'élève et son front s'éclaircit ;

Toujours impatient dans sa course bornée,

Un sourire le dompte et son coeur s'adoucit.

Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :

Bien longtemps à l'attendre il faut se résigner.

Mais qui n'aimerait pas, dans sa grâce sereine,


La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?

 

                                                                                       

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 Soeur Emmanuelle

                                                                                 

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 Mère Thérésa

                                                                                 

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 Indira Gandhi

                                                                              

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 Marie Curie

                                                                                   

07/02/2009

poème

La vie de AUGUSTE LACAUSSADE poète

                                                                               

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 Auguste Lacaussade est un poète français né le 8 février 1815 à Saint-Denis de l'île Bourbon et mort le 31 juillet 1897Paris. à

 

Auguste Lacaussade est le fruit de l'union libre entre Pierre-Augustin Cazenave de Lacaussade, avocat de grande famille bordelaise et d'une métisse libre Fanny-Lucile dite Desjardins. Il est donc ce qu'on appelle à l'époque un quarteron, ayant un quart de sang de couleur. Ce statut va le marquer profondément et influencer toute sa vie.

À dix ans déjà, l'entrée du Collège Royal lui est interdite à cause de l'illégitimité de sa naissance[1]. Il s'en va donc faire ses études à Nantes après avoir passé les premières années de sa vie au Champ-Borne[1]. Charles Marie René Leconte de Lisle le rejoint quelques années plus tard et leurs vies resteront liées jusqu'à la mort de Leconte de Lisle.

Il a l'occasion de revenir deux fois sur son île natale, mais son intégration dans la société esclavagiste de l'époque se révèle très difficile. Il revient donc en France en 1839. Il se marie avec Laure-Lucile Déniau, dont il a une fille et deux autres enfants morts en bas âge.

 

À partir de 1844, il devient le secrétaire de Sainte-Beuve. En 1848, il rejoint le camp des abolitionnistes groupés autour de Victor Schoelcher. Extrêmement brillant, il publie des articles dans La Revue des Deux Mondes et dans la Revue de Paris, organe officiel des romantiques. Il parle plusieurs langues : l'anglais, l'italien, le grec ancien, le latin, le polonais, etc. Il traduit des œuvres étrangères, notamment celles de James Macpherson.

Il obtient le prix Bordin pour Poèmes et paysages. Mais à la même époque, Leconte de Lisle publie le recueil Poèmes Antiques, qui rencontre un énorme succès. La rivalité entre eux ne cessera alors de grandir.

Il devient veuf en juin 1859 et se remarie en 1865.

Sous le Second Empire, le poète est nommé directeur de la Revue du Gouvernement, puis en 1872, il est promu bibliothécaire du Sénat.

Il est inhumé le 2 août 1897 au cimetière du Montparnasse. En février 2006, ses restes ont été ramenés à La Réunion

 et inhumés dans le cimetière paysager d'Hell-Bourg, aux côtés de ceux de son ami le poète écossais William Falconer, à qui il a dédié un poème. Le transfert exauça son souhait exprimé dans le poème La mer :

Je ne veux point dormir sur la terre étrangère,
Sur la terre du nord je ne veux point mourir !
J'aurais froid sous un sol sans flamme et sans lumière,
Mes yeux veulent se clore où Dieu les fit s'ouvrir !
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Lacaussade

05/02/2009

LA MER

Le Piton des Neiges


Océan, Océan, quand ta houle écumante
Roule, vague sur vague, aux coups de la tourmente,
Un flot majestueux, d’un seul jet dans les airs,
Monte submergeant tout de son élan sublime :
Comme un cratère on voit au vent fumer sa cime,
Et de sa masse énorme il domine les mers.

Les ondulations que son volume écrase

Viennent incessamment se briser à sa base ;
L’eau bouillonne et bondit vers son front orgueilleux,
Mais lui, voyez ! debout au fort de la tempête,
D’écume et de vapeurs il couronne sa tête,
Maîtrisant à ses pieds les assauts furieux.

                                                                                       

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Tel de ces pics que tu domines,
Superbe mont salazien,
Tel de ces montagnes voisines
Jaillit ton front aérien.
Immense, immuable, immobile,

Du plateau central de notre île
Ton sommet auguste et tranquille
Se dresse, embrassant l’horizon ;

Un hiver éternel y siège,
Et tes flancs que la nue assiège,
Se couvrent de glace et de neige,
A jamais chauves de gazon.

L’œil qui du sein des mers profondes
Contemple ta mâle beauté,
Sur la verte fille des ondes
Aime ta farouche âpreté.
Tu sembles, dans le vide immense,
Du vent léger qui se balance,
Ou de l’ouragan qui s’élance,
Écouter le bruit dans les cieux,
Et, comme un aïeul solitaire,
Sur l’océan et sur la terre
Fixant un regard centenaire,
Veiller, penseur silencieux.

                                                                                   

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Quand le soleil s’éteint et que l’ombre est venue,
Quand la lune se lève au-dessus de la nue,
La mer autour de toi roule, mouvant miroir ;
Des cieux l’astre des nuits blanchit les vastes dômes,
Et tu vois les vaisseaux, comme de blancs fantômes,
Glisser à l’horizon dans les vapeurs du soir.

Et le hardi pêcheur dont la barque rapide
Bondit légèrement sur la nappe limpide,
Et l’oiseau que la nuit a surpris sur les mers,

Voyant bleuir au ciel ta forme aérienne,
Orientant leur vol sur ta cime lointaine,
S’avancent au roulis berceur des flots amers.

Et ton front d’un azur intense,
Aux clartés de l’astre songeur,
Apparaît plus sombre à distance
A l’œil pensif du voyageur.
Il voit l’essaim des paille-en-queue,
Qui font d’un coup d’aile une lieue,
Tachant de blanc la voûte bleue,
Regagner l’île aux verts îlots.
Et ta masse antique et profonde,
Qu’une clarté d’opale inonde,
Semble le noir spectre de l’onde
Debout sur l’abîme des flots.

                                                                                 

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Ah ! devant ton profil austère
Combien de siècles ont passé !
Sur ton granit que rien n’altère
Le pas du temps s’est effacé.
Que de jours de calme et d’orage,
Et de trombe et d’ardent mirage,
Et de tourmente et de naufrage,
Pour ton œil séculaire ont lui !
Tempête, ombre, aquilon, lumière,
Tout rentra dans la nuit première ;
Mais toi, dans ta stature altière,

Tu fus alors comme aujourd’hui.

Alors comme aujourd’hui les rougeurs de l’aurore,
Et la pourpre des soirs que l’ombre décolore,
Sur ta tête de neige ont répandu leurs feux ;
Et quand l’aube ou la nuit vint sourire à la terre,
Dans le vide étoilé tu brillas solitaire,
Comme un phare aux reflets doux et mystérieux.

Alors comme aujourd’hui de tes rochers arides
Tu versas dans nos bois la nappe aux eaux limpides ;
Et défiant toujours le vent dévastateur,
Et drapant tes flancs nus du manteau des nuages,
Adamastor des monts et trônant sur les âges,
Tu levas dans les cieux ton front dominateur.

O colosses de la nature,
Pics d’inaccessible hauteur,
Dont l’inébranlable structure
Brave l’ouragan destructeur !
Blocs altiers, masse indéfinie,
Gouffres, chaos, dés harmonie,
Que la main d’un fatal génie
Sema dans ces lieux écartés ;
Gerbes d’éclairs, sombres nuages,
Nids fulgurants d’où les orages
S’élancent en éclats sauvages
Au sein des monts épouvantés ;

Torrent, gouffre, océan, tempête,
Emportez-moi dans vos terreurs,
Car j’aime à sentir sur ma tête

                                                                                          

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 Passer le vent de vos fureurs !
J’aime à contempler vos abîmes,
A mesurer vos hautes cimes,

A suivre vos houles sublimes,
A me remplir de votre effroi !
Au vent, à l’éclair, à la flamme
Je veux, je veux mêler mon âme !
Mon âme en tes grandeurs t’acclame,

O nature ! et grandit en moi.

Auguste Lacaussade

 

14/01/2009

LA NEIGE

LA NEIGE
 
La neige tombe, indiscontinûment,
Comme une lente et longue et pauvre laine,
Parmi la morne et longue et pauvre plaine,
Froide d'amour, chaude de haine.
 
La neige tombe, infiniment,
Comme un moment-
Monotone-dans un moment;
La neige choit, la neige tombe,
Monotone, sur les maisons
Et les granges et leurs cloisons;
La neige tombe et tombe
Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.
 
 
                                                                                  
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Le tablier des mauvaises saisons,
Violemment, là-haut, est dénoué;
Le tablier des maux est secoué
A coups de vent, sur les hameaux des horizons.
 
 
Le gel descend, au fond des os,
Et la misère, au fond des clos,
La neige et la misère, au fond des âmes;
La neige lourde et diaphane,
Au fond des âtres froids et des âmes sans flamme,
Qui se fanent, dans les cabanes.
 
                                                                                  
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Aux carrefours des chemins tors,
Les villages sont seuls, comme la mort;
Les grands arbres, cristallisés de gel,
Au long de leur cortège par la neige,
Entrecroisent leurs branchages de sel.
 
Les vieux moulins, où la mousse blanche s'agrège,
Apparaissent, comme des pièges,
Tout à coup droits, sur une butte,
En bas, les toits et les auvents
Dans la bourrasque, à contre vent,
Depuis Novembre, luttent;
Tandis qu'infiniment la neige lourde et pleine
Choit, par la morne et longue et pauvre plaine.
 
Ainsi s'en va la neige au loin,
En chaque sente, en chaque coin,
Toujours la neige et son suaire,
La neige pâle et inféconde,
En folles loques vagabondes,
Par à travers l'hiver illimité monde
 
Emile VERHAEREN (1855-1916 )
( Recueil: Les villages illusoires )
 
 
                                                                                 
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18/12/2008

LE CANARD

C'est tout un art d'être un canard

 

C'est tout un art d'être canard                                                                                 medium_100_5620.jpg

C'est tout un art

D'être un canard

Canard marchant

Canard nageant

Canards au vol dandinant

Canards sur l'eau vont naviguant

 

 

être canard

C'est absorbant

Terre ou étang

C'est différent

Canards au sol s'en vont en rang

Canards sur l'eau s'en vont ramant

 

être canard

ça prend du temps

C'est tout un art

C'est amusant

Canards au sol cancanants

Canards sur l'eau sont étonnants

Il faut savoir                                                                                                    

                                                                                                                      

Marcher, nager,

Courir, plonger

Dans l'abreuvoir

Canards le jour sont claironnants

Canards le soir vont clopinant

Canards au champs

Ou sur l'étang

C'est tout un art 

D'être canard.

 

Claude Roy

 

16/11/2008

Matin

Matin d' Automne

 

 

C ' est un matin ...non pas un matin de Corot

Avec des arbres et des nymphes sur la terre,

C ' est un coin tout petit, entre des murs de pierres

Pas bien hauts..

C ' est un matin dans le petit jardin du presbytère.

 

C ' est un matin d'automne:                                  medium_galerie-membre_fleur-chrysantheme_fleur-chrysantheme-1jpg.2.jpg

Vigne rouge, dahlias jaunes

Petits doigts tortillés de chrysanthèmes roux;

Un tournesol montrant sa face de roi nègre

Sous un vieux diadème de plumes raides, un peu maigres...

Arrosoir vert, près du géranium en pot.

C ' est un matin sans nymphes de Corot.

 

Le curé dort, la maison dort, le chemin dort

Pendant que, doucement, tombent des pièces d' or....

 

 

C ' est un matin d'automne...

L ' aube, qui s ' est levée à pas de loup, d ' abord frissonne

En peignoir rose... puis se met à rire dans le ciel

Et tout devient rose comme elle, et rit comme elle,medium_cloche.jpg

Et ce sont des clartés roses et blondes telles

Que le petit jardin doré semble irréel.

Réveillée en sursaut, dans le clocher, la cloche sonne:medium_100_5444.jpg

Vite ! Vite ! Levez-vous, bonnes gens

C ' est le matin ! C ' est le matin d' automne !

Je sonne ! Il fait beau temps !

Entends, vieille servante au bonnet blanc, du presbytère.

C ' est l' heure, lève-toi..Lève-toi, vieux curé

Vois les oiseaux, vois la lumière !

Prends ta soutane et ton bonnet carré

Ouvre ta porte et va...l ' heure te presse !

 

 

L ' allée a tous les tons fauves des vieux missels..

Va vite, ne t ' attarde pas, sous le grand ciel

Au tout petit jardin plein d ' allégresse..

Couleur de feux, couleur de fleurs, couleur de miel.

Il est trop beau ! Tu le prendrais pour un autel.

Tu manquerais la messe....

 

Sabine Sicaud (poèmes d'enfant)

lespoetes.net

 

 

 

                                                                          

 

 

07/10/2008

LA PLUIE

Ah encore de la pluie aujourd'hui.

 

LA PLUIE

 

Longue comme des fils sans fin , la longue pluie

Interminablement, à travers le jour gris,

Ligne les carreaux verts avec ses longs fils gris,

Infiniment, la pluie,

La longue pluie,

La pluie .

 

Elle s'éffile ainsi, depuis hier soir,

Des haillons mous qui pendent,

Au ciel maussade et noir.

Elle s'étire, patiente et lente,

Sur les chemins, depuis hier soir,

Sur les chemins et les venelles,

Continuelle.

 

                                                                                    

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Au long des lieues,

Qui vont des champs vers les banlieues,

Par les routes interminablement courbées,

Passent, peinant, suant, fumant,

En un profil d'enterrement,

Les attelages, bâches bombées;

Dans les ornières régulières

Parallèles si longuement

Qu'elles semblent, la nuit, se joindre au firmament,

L'eau dégoutte, pendant des heures;

Et les arbres pleurent et les demeures,

Mouillés qu'ils sont de longue pluie,

Tenacement, indéfinie.

 

Les rivières, à travers leurs digues pourries,

Se dégonflent sur les prairies,

Où flotte au loin du foin noyé;

Le vent gifle aulnes et noyers;

Sinistrement, dans l'eau jusqu'à mi-corps,

De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors;

 

Le soir approche, avec ses ombres,

Dont les plaines et les taillis s'encombrent,

Et c'est toujours la pluie

La longue pluie

Fine et dense, comme la suie.

 

La longue pluie,

La pluie et ses fils identiques

Et ses ongles systématiques

Tissent le vêtement,

 

                                                                                

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 Maille à maille, de dénûment,

Pour les maisons et les enclos

Des villages gris et vieillots:

Linges et chapelets de loques

Qui s'éffilochent,

Au long de bâtons droits;

Bleus colombiers collés au toit;

Carreaux, avec, sur leur vitre sinistre,

Un emplâtre de papier bistre,

Logis dont les gouttières régulières,

Forment des croix sur des pignons de pierre;

Moulins plantés uniformes et mornes

Sur leur butte, comme des cornes.

 

                                                                                     

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Clochers et chapelles voisines,

La pluie,

La longue pluie,

Pendant l'hiver, les assassine.

 

La pluie,

La longue pluie, avec ses longs fils gris.

Avec ses cheveux d'eau, avec ses rides,

La longue pluie

Des vieux pays,

Eternelle et torpide !

 

EMILE VERHAEREN (1855-1916)

 

20/01/2008

HÂTE-TOI

HÂTE-TOI

 

Hâte-toi, hâte-toi, le printemps est ici

Vois-tu la primevère, au jardin qui fleurit ?

Regarde ! elle sourit de bonheur et de vie,

Elle nous dit bonjours, allons vers cette amie!

 

Hâtons-nous, hâtons-nous, courons vers cette enfant

Attendrissante et belle, et soyons ses galants!

Aimons-la, enchantés, à la fête éclatante,

Soyons ses chevaliers, elle est belle, émouvante!

 

Halte-là, halte-là! on dirait qu'elle rit,

Entends-tu sa voix douce, elle est au paradis,

Attention à tes pas! qu'elle est jolie!

Eh, ne l'écrase pas! je l'aime à la folie!

 

Va-t'en, manant, tu n'es qu'un mécréant,

Et ne crois surtout pas que je pars sur le champ;

Laisse-moi seul ici, auprès de mon amante,

A lui conter fleurette, à la trouver charmante.

 

poème d'un garçon que j'ai connu

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